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Entre liberté et sécurité, le choix sacrificiel est déjà fait. Mais de quelle liberté parle-t-on ?

7390475Depuis que la France est en état de guerre (ou d’urgence, on ne sait plus très bien), il n’est pas très difficile de deviner vers quel choix sacrificiel (entre celui de la liberté ou de la sécurité) nous conduisent la politique et le journalisme de notre temps. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter parmi la myriade d’exemples qui sévit dans les médias actuellement, Nicolas Demorand sur France Inter s’empresser d’offrir sur un plateau à son pendant politique, Pascal Lamy, les raisons prémâchées de ce sacrifice, avec le sentiment du devoir accompli propre au parfait petit autocrate qui fait la promotion d’une bonne propagande sécuritaire. Entendre Lamy n’ayant rien perdu de sa superbe glaciale du temps de l’OMC, prendre ainsi le relai pour expliquer sereinement à « ses compatriotes » les raisons circonstancielles qui doivent les pousser à accepter moins de liberté afin qu’ils puissent jouir sous haute-surveillance policière et militaire d’une sécurité renforcée et salutaire, m’intrigue et m’interroge. De quelle liberté à sacrifier parle-t-il au juste (lui parmi tant d’autres) ?

Parlent-ils de cette liberté qui ne nous laisse d’autre choix que d’assister sans broncher à la mise en scène écoeurante de toute une classe politique qui étale à l’unisson sur leur gueule tout le chagrin et toute la douleur d’une nation pleurant leurs morts tombés pour la France ? Car pour parfaire à cette foutaise médiatisée, elle n’a d’ailleurs rien trouver de mieux que de leur rendre tous les honneurs sur la place militaire des Invalides. Quel tact et quelle compassion bienveillants ! Parlent-ils donc de cette liberté qui laisse des journaux télévisés jouer les charognards en traquant caméra au poing la chair et les os répandus sur le pavé ? De celle qui permet à Libération de partager son sens aigu de l’analyse au lendemain du carnage en titrant « La génération Bataclan (sic) dérouille » ou bien encore « Avec les attentats du X et XI arrondissements c’est la jeunesse hédoniste (re-sic) qui était visée par les terroristes », papiers rédigés sans doute à la hâte et encore sous le coup de l’émotion fraternelle de voir leurs beaux quartiers n’être plus épargnés par le bras armé du fanatisme religieux, car pour ce qui est du fanatisme certes bien plus feutré de l’écrémage sociale des classes dites populaires, il a sévi depuis bien des années ; Libé ou d’autres ne s’en sont jamais vraiment émus. Ou parlent-ils encore de cette liberté qui donne l’occasion notamment à des stars du ballon rond qui passent allègrement de spots publicitaires guerriers pour défendre une marque de vêtement de sport, les couleurs d’un club ou d’une nation à un pacifisme de circonstance avec un fumeux « Je suis Paris » bien mal joué, de nous signifier qu’eux-mêmes, ventrus irrassasiés et avides de fric, auraient soudain une conscience humaniste à vendre pour l’occasion ?

Qu’on se rassure. Ces libertés à sens unique ne seront jamais écorchées. Même sous l’état d’urgence avec une horde de flics armée jusqu’aux dents et présente à tous les coins de rue. Bien au contraire, elles ne s’en trouveront que renforcées et donneront toujours l’occasion à ses garde-chiourmes, au nom de la république, de la liberté d’expression, de la liberté d’entreprendre ou de toute autre valeur morale bafouée ou trahie, de la défendre : dans les urnes, dans les stades, dans les écoles, dans les rédactions, au bureau et où sais-je encore. Que reste-t-il finalement à sacrifier quand il semble que plus rien ne nous laisse l’occasion de mieux réfléchir et de mieux comprendre ce qui nous arrive ?

Daniel Vivas

30 novembre, 2015 à 0 h 20 min


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